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  • 1 Bonne année 2018!
    Tout en vous remerciant pour votre fidélité, le Cinéma Numérique Ambulant et l’ensemble de son personnel vous présente ses vœux les meilleurs pour l'année 2018. Happy new year!
  • 2 Concertation au CNA Afrique
    Du 5 au 8 janvier 2018, les administrateurs du Cinéma Numérique Ambulant Afrique se réunissent à Ouagadougou, au Burkina Faso. A l’ordre du jour de cette réunion, le bilan des activités 2017 ainsi que les perspectives pour cette année 2018.
  • 3 Aux Trophées francophones du cinéma
    Le CNA a participé à la 5ème édition qui s’est tenue au Cameroun du 4 au 16 décembre. Il a organisé six projections de films francophones à Soa, Okola, Akono, Mbalmayo, Mfou, Obala. Mais aussi une conférence sur le thème: "Diffusion du cinéma dans l'espace francophone: enjeux, défis et perspectives".
  • 4 Le CNA Afrique au Cameroun
    Wend-Lassida Ouédraogo, coordonnateur du CNA Afrique, était au Cameroun en décembre. Il a participé à la conférence sur la diffusion des films et présenté le rôle joué par le CNA, un acteur important, sur le terrain. Il a aussi participé à une réunion du Conseil d’administration du CNA Cameroun et prodigué des conseils aux membres de l’association.
  • 5 Sénégal: Autonomiser les jeunes
    Le CNA accompagne la campagne Tekki Fii pour l'autonomisation des jeunes et pour encourager leur orientation vers des formations professionnelles. Le projet court jusqu'en 2020 et va couvrir tout le pays. La campagne, qui s’articule autour de la production audiovisuelle et l’évènementiel de proximité, a vu sa première phase se dérouler en novembre 2017.

  
  
  

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Fespaco 2017 : Le cinéma noir brésilien s’affirme


Des rôles stéréotypés pour les Noirs
Coordonnatrice du FICINE dont le but est de construire un réseau d’échanges et de projets qui posent la réflexion sur les cinémas noirs de la diaspora et du continent africain, Janaína Oliveira explique : « Les noirs brésiliens sont absents des écrans et des salles de cinémas. Quand ils apparaissent dans les telenovelas, c’est eux qui servent le café, qui volent, qui se prostituent, ils sont toujours montrés dans des rôles négatifs. La proposition qui est faite dans ces courts-métrages c’est de montrer enfin des personnages noirs brésiliens avec des rôles positifs, pour changer cette image fausse qu’il y a de la population brésilienne ». La chercheuse Maíra Zenun, qui nourrit le projet de création d’un festival de cinéma dédié à Lisbonne au Portugal, renchérit dans le même sens : « près de 60% de la population brésilienne est noire mais elle est présentée dans le cinéma de façon très irrespectueuse. Ce qui fait que les réalisateurs noirs font aujourd’hui un cinéma de guérilla ». Pour Viviane Ferreira, présidente de l’Association des professionnels de l’audiovisuel noir (APAN), « l’audiovisuel brésilien a produit des films blancs, rendant invisibles les Noirs qui sont pourtant majoritaires au Brésil. Que le cinéma noir montre des personnages noirs, c’est mettre ça en valeur».


Dans un contexte d’embellie du cinéma brésilien (143 longs-métrages brésiliens distribués, plus de 184 millions d’entrées, 3 168 d’écrans en 2016 d’après le monde.fr), les œuvres des Noirs restent en marge. Dans son article intitulé « L'émergence d'un (nouveau) cinéma noir au Brésil: Représentation, Identités et Négritudes » publié en 2016, Adriano Domingos Monteiro, cite, pour confirmer cette marginalité, une enquête publiée en juillet 2014 et réalisée par le Groupe d'étude pluridisciplinaire Affirmative Action (GEMAA) de l’Institut des études sociales et politiques de Rio de Janeiro. Cette enquête baptisée «Le visage du cinéma national : profil, sexe et couleur des acteurs, réalisateurs et auteurs de films brésiliens» a analysé les plus gros succès du cinéma brésilien entre 2002 et 2012, pour un total de 218 productions. L'enquête montre que sur les films analysés, 84% des réalisateurs sont des hommes blancs, 13% des femmes blanches et seulement 2% des femmes et des hommes noirs. L'inégalité est maintenue lorsque les données se réfèrent à la présence d'acteurs dans les productions cinématographiques. L'enquête révèle que 80% de la distribution est blanche. Des Noirs apparaissent dans seulement 31% des films, très souvent dans des rôles stéréotypés liés à la pauvreté ou au crime.

 

Summer of the Gods 21 540x336 bubul Maira Zenun et Clément Tapsoba
Le cinéma comme outil politique
La question du racisme dont sont victimes les Noirs au Brésil a été au centre du débat. Autour de la table, Janaína Oliveira, mais aussi Clément Tapsoba, ancien conseiller du Délégué général du Fespaco, Maira Zenun et Viviane Ferreira, par ailleurs réalisatrice. A ce sujet, cette dernière s’est faite virulente: «Au Brésil, le racisme existe, il est violent et son objectif est d’éliminer la population noire. La structure sociale du Brésil est basée sur l’esclavage et aujourd’hui, on voit que ceux qui ont des possibilités d’accès aux droits et aux privilèges ont des ancêtres qui un jour ont mis en esclavage des corps noirs. Les descendants d’Africains sont victimes de plusieurs racismes, en particulier du racisme symbolique. Ce qui justifie la nécessité de parler du cinéma noir comme outil politique ».


L’APAN qu’elle préside se veut donc un outil de lutte politique qui regroupe des professionnels des cinéastes activistes, qui font des films pensés comme des actes de résistance contre l’exclusion, dans un pays qui n’a pas encore réussit à faire la paix avec son passé esclavagiste. « Il existe pour revendiquer cette posture des corps noirs face à l’industrie cinématographique au Brésil et dans le monde », affirme Viviane Ferreira qui ajoute : « Les dix dernières années, il y a eu un investissement très fort de la part des autorités publiques dans le cinéma mais malheureusement, ces ressources n’ont pas bénéficié aux professionnels noirs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le seul long métrage de fiction d’un réalisateur noir au Brésil date de 1984 [Amor Maldito d’Adelia Sampaio, également considéré comme le premier film brésilien sur le lesbianisme, NDLR]. J’ai 31 ans, je fais des films depuis 11 ans et j’ai une société de production depuis 9 ans. Mais dans mon pays, je n’ai eu la possibilité que de faire des courts métrages et ça, c’est une anomalie sociale ».


Dépendance des producteurs
Au Brésil, deuxième pays au monde qui compte la plus grande population noire après le Nigéria, l’Agence Nationale du Cinéma (ANCINE), un organisme public, s’occupe du financement des films, accentuant ainsi la dépendance des producteurs à l’égard de l’Etat. Certains réalisateurs noirs ont bénéficié de financements mais pas assez pour faire un court-métrage. C’est le cas de Viviane Ferreira et d’André Novais qui ont dû recourir au crowfunding. Là encore, les choses n’ont pas été simples : « Au Brésil, la population noire a un accès très limité aux capitaux et c’est très compliqué de se dire que les Noirs eux-mêmes pourront investir dans des films, puisque à partir du moment où les gens doivent financer un film ou manger, ils préfèrent manger », soutient la réalisatrice du Jour de Jérusa. Célia Regina Bittencourt, ambassadrice du Brésil au Burkina Faso, apporte une nuance à ce sombre tableau : « le Brésil est un pays très complexe, nous avons une population marginalisée et c’est nécessaire de poser ces questions mais je pense qu’on a fait des progrès. Le financement est très difficile, le gouvernement demande à des entreprises de financer la culture. Nous avons fait de gros efforts pour aider la culture brésilienne, pas seulement blanche, mais aussi noire et indienne ».


Malgré ces propos rassurants, les structures comme le FICINE, l’APAN et le Centre Afrocarioca de Cinéma créé en 2007 à Rio de Janeiro par Zózimo Bulbul, ont vu le jour pour promouvoir la culture africaine du Brésil et les cinéastes noirs. Ils permettent à ce cinéma encore marginal d’être présent sur les écrans pour participer à la construction des imaginaires et des identités, établissent des ponts avec l’Afrique. Ils suivent ainsi les traces d’un mouvement amorcé par Zózimo Bulbul. Une sorte de reconnaissance d’un travail qu’il avait commencé bien avant. Comédien et réalisateur brésilien, Bulbul tient un rôle dans le film La déesse noire (150’, 1978) du Nigérian Ola Balogun, unique co-production Brésil-Afrique jusqu’ici. Ce film raconte le voyage d’un jeune nigérian qui va au Brésil à la recherche de ses ancêtres déportés comme esclaves deux siècles avant. En 2009, Bulbul est invité par le Fespaco pour présenter ses films et ceux de 16 autres réalisateurs afro-brésiliens. En 2010, il participe au Festival mondial des arts nègres à Dakar au Sénégal. En 2013, Bulbul décède à Rio de Janeiro.


Il est à déploré que toutes ces actions, jusqu’ici, n’aient pas aboutit à une seconde co-production Brésil-Afrique. Cependant, Clément Tapsoba rassure de la volonté du Fespaco et de la Fepaci d’intégrer les cinémas de la diaspora : « La FEPACI dès le départ en 1970 avait cette volonté. Il y a eu des appels de pieds et il existe aujourd’hui la région Amérique latine et centrale avec un représentant nommé en 2013 à notre congrès à Johannesburg qui s’occupe de la diaspora de ces régions ». Janaína Oliveira souligne que le Fespaco a toujours eu cette ambition de décoloniser le regard qu’on porte sur le cinéma et d’être un miroir du cinéma noir brésilien. N’empêche qu’au-delà de la volonté collective affichée, les actions concrètes restent rares, et l’amnésie collective bien en place. Janaína Oliveira se veut positive toutefois : « j’espère qu’aujourd’hui c’est simplement le début d’une discussion qui va se poursuivre. L’idée aussi est d’amorcer une réflexion par rapport à comment est-ce que les personnages noirs sont perçus, de réfléchir à des liens qui existent entre les films ».
Stéphanie Dongmo
http://africultures.com/fespaco-2017-le-cinema-noir-bresilien-saffirme/

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