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photo cna afrique

 

 Africalia Belgium soutient la structuration du réseau des CNA en Afrique.

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Christian Lambert : Je rêve que le CNA s’installe partout

Co-fondateur, avec Laurence Vendroux du Cinéma Numérique Ambulant en 2001, il raconte l’aventure CNA, fait le bilan des 18 années d’existence et évalue les forces et faiblesses de ce réseau d’associations.

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Racontez-nous d’où vous êtes venu l’idée de créer une structure de diffusion de films en plein air ?

J’ai toujours été attiré par le cirque, le théâtre ambulant, la fête foraine. Faire du cinéma ambulant en Afrique est devenu une évidence lorsque j’ai travaillé sur le tournage d’un long métrage au Bénin en 1999 (Barbecue Pejo de Jean Odoutan). Les gens chez qui on tournait ne verraient jamais le film si on ne venait pas le projeter chez eux. Il fallait donc imaginer comment c’était possible, le véhicule, le groupe électrogène pas trop bruyant, l’écran; la sono, le projecteur…

Comment et pourquoi l’appellation Cinéma Numérique Ambulant ?

Pourquoi pas… On a démarré au moment où les vidéoprojecteurs et le DVD se démocratisaient sur le marché… C’était un cinéma ambulant qui diffusait en numérique. Et puis j’aimais bien l’acronyme CNA.

A 18 ans d’existence, quel bilan pouvez-vous faire du CNA ?

18 ans, c’est presque l'âge adulte. C’est l'âge légal de la majorité en France... L’idée n’était pas si mauvaise. En fait je pense qu’il y a plusieurs bilans à faire. Il y a des échecs et des réussites. La réussite, c’est le CNA Afrique, son développement, son importance. C’est le fait que si un réalisateur souhaite vraiment que son film soit vu en Afrique, le CNA peut être un interlocuteur réel… Mais cette réussite est en soit un échec aussi. Même si on sent frémir un renouveau des salles, on est quand même très loin d’un réseau de salle bien implantées qui pourrait offrir une offre culturelle à l’ensemble des populations.

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Lorsque vous regardez le CNA aujourd’hui, quelle est votre plus grande fierté et quelle est votre plus grande déception ?

La plus grande fierté... c’est difficile à dire. Sans doute le modèle économique. Qui même s’il n’est pas parfait, porte en lui les germes d’un cercle vertueux. Mais le fait que le CNA ait 18 ans, qu’il se soit, par exemple, installé tout seul, comme un grand, en Centrafrique, c’est pas mal aussi comme fierté.

La plus grande déception? C’est pareil, difficile à dire. Il y a bien sûr de la déception vis à vis des pays où le CNA ne décolle pas, mais sinon il n’y a pas de déception, au contraire.

En revanche, il y a chez moi une inquiétude, accompagnée du sentiment de ne pas réussir à me faire comprendre. Pour moi, ce qui fait la spécificité du CNA c’est la culture, et le cinéma. Le CNA est un outil culturel. Je crains que son modèle économique ne pousse le CNA à ne devenir qu’un outil de sensibilisation et du coup, à en perdre son originalité.

La structuration du réseau repose en grande partie sur l’appui d’un seul partenaire, quels garanties pour le futur ?

La réponse est dans la question… Ce qui est vraiment structurant, c’est le CNA Afrique. Cette association qui fédère l’ensemble des CNA peut être très forte et très autonome si l’ensemble des CNA Pays se porte bien et que les cotisations sont payées. Et que tout le monde ait bien conscience que plutôt que de baisser la cotisation des pays au CNA Afrique, il vaudrait mieux tenter de l’augmenter, parce que l’avenir de chaque pays passe par l’existence et la réussite du CNA Afrique.

Alors bien sûr que c’est un équilibre subtil, difficile à trouver, entre l’autonomie des pays et le pouvoir du CNA Afrique, mais si les responsables des CNA ont bien conscience que avant leur propre intérêt, l'intérêt du CNA c’est le cinéma, ils ne peuvent que souhaiter un CNA Afrique fort et pérenne. C’est ce qui sera le mieux pour le cinéma africain. C’est proche de l’économie et du marché.

Sans parler des réalisateurs, quels producteurs peuvent se satisfaire que leurs films ne soient pas ou mal distribués ? Plus le marché sera vaste mieux le cinéma africain se portera et par ricochet, le CNA aussi. Pour finir, le CNA Afrique n’a pas un seul partenaire. Il en a autant que de pays ou le CNA est présent.

Le CNA France, qui menait nombre d’activités par le passé, semble aujourd’hui s’être essoufflé. Pensez-vous lui donner un nouveau souffle ?

Je ne pense pas du tout ça. Il y a eu deux directions dans les actions du CNA France. Des actions en Afrique et des actions en France. Le CNA Afrique a été créé en 2009 pour justement être la structure qui à terme remplacerait le CNA France et son “expertise” pour son action en Afrique. Donc là on ne peut pas vraiment parler d'essoufflement mais plutôt de transfert de flambeau.

En ce qui concerne les activités en France, elles sont effectivement très ralenties voires inexistantes. Il y a de très nombreuses raisons qui seraient trop longues à détailler, mais rapidement on peut citer l’usure du bénévolat et juste dire que la situation de l’industrie du cinéma et son exploitation n’ont strictement rien à voir avec la situation en Afrique. Il ne manque pas de salle de cinéma en France. L’utilité de la structure de projection du CNA est beaucoup moins évidente en France qu’en Afrique. A l’origine, les activités du CNA en France étaient censées médiatiser les activités en Afrique. Aujourd’hui les outils de la communication, les réseaux sociaux, le site web sont gérés par le CNA Afrique.

D’autre part, pour un projet enthousiasmant, la tournée du CNA dans les villages de Corse, par exemple, ou le partenariat avec Attention Chantier pour le Festival de films dans les foyers de travailleurs migrants, combien d’animations, d’activités socio-culturelles un peu plates qui sont certes très bien et très louables mais qui ne sont pas du tout “mon truc”. Ceci dit, si quelqu’un se présentait au CNA France avec un projet réellement motivant, pourquoi pas… Enfin ce qui me motive, à titre individuel, c’est de travailler à la création de structures CNA dans de nouveaux pays. La Mauritanie, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Congo et bien d’autres nous tendent les bras.

18 ans après, certaines associations Cna sont très fortes et d’autres, très faibles. D’après le bilan de votre action publié en janvier 2019, on constate qu’un Cna comme celui du Burkina a réalisé près de 430 séances de cinéma alors qu’un autre, le Togo en l’occurrence, n’en a fait qu’une dizaine. Comment expliquer cette grande disparité ?

C’est extrêmement simple. Ce sont des problèmes de personnes. Quand l’association est dirigée de manière dynamique et avec compétence, le CNA va bien. Quand ce n’est pas le cas, il va mal… Le principe du cinéma ambulant peut fonctionner partout. Au Togo comme au Bénin, comme au Mali ou au Niger.

L’avantage de l’association, c’est que si les dirigeants sont incompétents, l’AG peut les débarquer. C’est pour ça qu’on peut toujours avoir de l’espoir pour les CNA en difficulté. Sous l’impulsion de Joël Tchedre, s'il ne se fait pas tirer dans le dos, je sais que le Togo redémarrera.

Quel est aujourd’hui l’apport du Cna dans le développement des cinématographies d’Afrique ?

Le CNA apporte une possibilité de voir les œuvres des réalisateurs à des millions de spectateurs. Ce n’est pas encore bien percuté par tout le monde. Mais le jour où un producteur distributeur décidera de travailler avec le CNA Afrique pour que son film sorte partout, le même jour sur tous les écrans du CNA, avec la campagne médiatique qui va bien autour, cela fera un énorme buzz, dont tout le monde retirera les bénéfices.

Pendant longtemps, il y a eu des débats sur le modèle économique du Cna. Beaucoup de cinéaste ont critiqué le fait que le Cna offre un cinéma non payant, dans un contexte où il faut éduquer le grand public à devenir co-producteur des films. Aujourd’hui, avez-vous le sentiment qu’ils vous ont compris ?

Sincèrement, je ne sais pas. Je l’espère. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu de conversation à ce sujet. Ce dont je suis sûr, c’est que le cinéma est en danger. Si le public potentiel continue à ne pas voir de cinéma de manière collective, dans des conditions techniques qui cherchent l’excellence, le cinéma disparaîtra, remplacé par le visionnage de séries ou de clip plus ou moins médiocres et vite faits sur des téléphones portables. Ce sera autre chose. Ce ne sera pas du cinéma. D’ailleurs, ça deviendra peut-être inéluctable. C’est un choix politique à faire. Le choix et la responsabilité sont politiques, au sens noble du terme. Je ne crois pas que dans un avenir proche, la réouverture des salles puisse créer rapidement un réseau fiable et efficace de distribution et dans cette attente, le cinéma ambulant permet d’entretenir la flamme, à moindre coût. Il faut que l’ensemble des acteurs concernés (le public, les cinéastes, les hommes et femmes politiques) le veuille.

Quel avenir rêvez-vous pour le CNA ?

Tout est imaginable. Je rêve évidemment que le CNA grandisse et s’installe partout, là où les salles de cinéma manquent. Et que l’ensemble des acteurs concernés recherche inlassablement les moyens de renforcer le réseau de cinéma ambulant qui pourrait devenir ainsi un vrai réseau de distribution.

Propos recueillis par Stéphanie Dongmo

NB: interview parue dans le mensuel culturel camerounais Mosaiques, édition spéciale CNA parue en février 2019.

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